20/05/2013
Vous avez dit "MUR"?
Uri Avnery
18 mai 2013
Les femmes du Mur
Il était un Israélien qui de temps en temps glissait un papier dans les fentes du Mur Occidental, pour exprimer ses demandes à Dieu – comme le font des juifs depuis des siècles. Ils croient que les portes du ciel se trouvent exactement au dessus du mur, ce qui facilite la transmission rapide de leurs messages.
L’homme se demandait toujours ce que les autres imploraient du Tout-Puissant. Une nuit sa curiosité l’emporta. Aux petites heures du matin, il se glissa vers le Mur pour en extraire tous les papiers et les vérifier. Tous portaient le cachet “Demande rejetée”.
Cette plaisanterie est caractéristique de l’attitude d’un très grand nombre d’Israéliens à l’égard d’un système qui, tous les quelques mois, environ déclenche un tohu bohu politique et religieux.
AUJOURD'HUI CELA se produit de nouveau. Un groupe de femmes juives féministes (pour la plupart d’origine américaine, naturellement) prétendent prier au Mur revêtues du châle de prière (talith) et portant des phylactères (tefillin). Elles sont agressées physiquement par les orthodoxes, la police doit les contenir, la Knesset et les tribunaux s’en mêlent.
Pourquoi ? Selon la loi religieuse juive, les femmes n'ont pas le droit de porter des châles de prière, et surtout pas les phylactères que les hommes orthodoxes portent sur le front et les avant-bras. Elles n'ont pas le droit de se mêler aux hommes sur le lieu le plus sacré du judaïsme.
La partie du Mur réservée à la prière fait environ 60 mètres. Douze mètres sont réservés aux femmes avec une barrière basse de séparation.
La plupart des religions semblent obsédées par le sexe. Elles considèrent que si un religieux mâle voit une femme, quels que soit son âge et son apparence, il est excité au point de ne plus pouvoir penser à rien d’autre. Par conséquent, en bonne logique, les femmes doivent être cachées.
Les “Femmes du Mur”, dont beaucoup ne sont pas religieuses du tout, veulent briser le tabou par provocation. Et voilà.
DEUX ANS avant la naissance d’Israël, je suis allé voir le Mur Occidental pour la première fois. Ce fut une expérience émouvante.
Pour accéder à l’endroit, vous deviez passer par un dédale d'étroites voies arabes. À la fin vous vous trouviez dans une enceinte étroite d’environ trois mètres de large. À votre gauche vous aviez le Mur – une impressionnante structure monumentale, faite d’énorme blocs de pierre. Pour en voir le sommet vous deviez vous pencher en arrière pour regarder vers le ciel.
De l’autre côté il y avait un mur beaucoup plus bas, derrière lequel se situait le vieux et miséreux Quartier Maghrabi (maghrébin, marocain)
Très peu de gens savent – ou cherchent à savoir – que cet enclos n’est pas arrivé là par hasard. En 1516, Jérusalem fut conquise par la puissance mondiale naissante, l’Empire Ottoman, qui était à l’époque l’un des États les plus modernes et progressistes. Peu de temps après, le sultan Soliman le Magnifique construisit le – he bien, magnifique – rempart de Jérusalem, tel qu’il existe à ce jour, un ouvrage d’un coût énorme qui témoigne de l’immense vénération des Turcs Ottomans pour cette ville éloignée de leur royaume. L’architecte en chef de Soliman était Sinan qui conçut également la Porte de Damas, que beaucoup de gens (dont moi-même) considèrent comme le plus bel édifice de tout le pays.
Le bienveillant sultan demanda à Sinan de réserver un lieu particulier de prière pour les juifs de la ville, et l'architexte créa cette enceinte au Mur Occidental (à ne pas confondre avec les remparts de la ville). Pour rendre le mur plus imposant, il abaissa le niveau de l’allée et construisit le mur bas parallèle qui le sépare du voisinage. (Quiconque s’intéresse à cette histoire serait bien inspiré de lire le livre “Jérusalem” de Karen Armstrong, une ex-religieuse et historienne britannique.)
La légende veut que lorsque le rempart de la ville avec ses 34 tours et ses 7 portes fut achevé en 1541, le Sultan fut tellement saisi par sa beauté qu’il fit tuer l’architecte. Il ne voulait pas qu’il puisse bâtir quelque chose d’autre qui rivalise avec cet ouvrage.
JUSQU’ALORS, le Mur Occidental n’était pas pour les juifs le lieu de prière principal.
Des pèlerins du monde entier venaient à Jérusalem et priaient au sommet du Mont des Oliviers, négligeant le Mont du Temple. Mais ce lieu saint était devenu dangereux, parce que pendant la décadence de l’Empire mamelouk précédent, des rôdeurs Bédouins rançonnaient les pèlerins. Par ailleurs, pour les juifs locaux qui vivaient aux côtés des musulmans à l’intérieur de la ville, le Mur Occidental était beaucoup plus proche de chez eux. C’est ainsi que le lieu saint du Mont des Oliviers fut abandonné. Aujourd’hui il y a là un hôtel de luxe.
Depuis lors, le Mur Occidental demeure le lieu le plus sacré du monde pour les juifs, un lieu où les foules se rassemblent les jours saints, où les unités de l’armée jurent fidélité à l’État d’Israël, où les juifs fortunés du monde entier conduisent leurs fils pour leur Bar Mitzva et où les Femmes du Mur sont en train de provoquer le dernier chambardement.
Mais il n’y a fondamentalement rien de sacré concernant le Mur. Il a été construit par le roi Hérode, grand bâtisseur et monstre sanguinaire, qui n’était même pas un vrai juif. Il appartenait au peuple d’Édom, qui avait été depuis peu de temps converti par la force au judaïsme. Je doute que le Grand Rabbinat actuel l’aurait reconnu comme juif et l’aurait autorisé à entrer dans le pays, à épouser une femme juive et à être inhumé dans un cimetière juif.
Contrairement à la croyance commune, il ne fait pas partie du temple construit par Hérode. Pour constituer le vaste terre-plein sur lequel se situait le Temple, (et sur lequel se tiennent actuellement le magnifique Dôme du Rocher et la mosquée al-Aqsa) il a fallu apporter une quantité de terre pour en élever le niveau. Pour maintenir cette masse de terre, il l’a entourée d’un mur. Le Mur Occidental n’est rien d’autre qu’un vestige de ce mur de soutènement.
LORSQUE l’armée israélienne conquit Jérusalem-Est lors de la guerre de juin 1967, l’une des premières actions de l’État fut un acte de violence. À l’époque le maire de Jérusalem était Teddy Kollek, athée convaincu. Mais il se rendit vite compte de la portée religieuse et touristique du lieu et donna l’ordre d’expulser immédiatement toute la population du Quartier Mugrabi voisin, quelques 650 êtres humains musulmans. Il fit raser au sol tout le quartier tout le quartier.
Je me trouvais dans la Vieille Ville de Jérusalem ce jour-là, et je n’oublierai jamais ce que j’ai vu – en particulier le visage inondé de larmes d’une jeune fille de 13 ans portant un grand placard sur le dos.
Sur l’emplacement du quartier détruit, un grand espace vide était créé. C’est maintenant la place du Mur Occidental, aux allures de vaste parking, qui attire les touristes et les femmes portant des châles de prière. Il fait face au Mur Occidental qui a complètement perdu son caractère impressionnant pour ressembler simplement maintenant à un autre grand mur.
Feu le professeur Yeshayahou Leibowitz, juif orthodoxe, l’appelait le Diskotel (kotel signifie mur). Il ne tarissait pas d’éloges sur les wahhabites, secte fondamentaliste sunnite, qui, après avoir conquis La Mecque, avaient immédiatement détruit la tombe du prophète Mohammed, faisant valoir que la vénération de pierres comme lieux saints n’était rien d’autre que de l’idôlatrie. Ils auraient sûrement condamné les rabbins du Mur Occidental pour être des païens enragés.
Dans la mythologie juive, le lieu d’inhumation de Moïse est inconnu, afin qu’il ne puisse pas devenir un lieu de culte.
Il faut porter au crédit de Kollek d’avoir empêché une autre violence. Après la destruction du Quartier Mugrabi, David Ben Gourion, à l’époque simple membre de la Knesset, demanda que tout le mur d’enceinte de la vieille ville soit complètement rasé. Dans la nouvelle capitale juive unifiée, soutenait-il, il n’y avait pas place pour un mur turc. Kollek, ancien collaborateur de Ben Gourion, ramena le vieil homme à la raison.
BEAUCOUP D’ISRAÉLIENS pensent que le Mur Occidental devrait être déclaré monument national laïque, indépendamment de ses implications religieuses. Mais l’État d’Israel l’a déclaré lieu saint et l’a placé sous la seule autorité du Grand Rabbinat. Mauvais pour les Femmes du Mur.
Récemment, Nathan Sharansky a proposé un compromis : dégager un espace supplémentaire près du mur et permettre à tout le monde – homme ou femme, avec ou sans châle de prière, et probablement hétéro ou gay ou lesbienne – d’y prier. L’œuf de Colomb.
(Sharansky, le très admiré ancien rebelle contre le KGB en Union Soviétique et plus tard politicien raté en Israël, s’est vu garantir une sinécure comme chef de l’Agence Juive, institution anachronique dont l’activité principale consiste à lever des fonds pour les colons.)
Il se peut que les rabbins acceptent le compromis, ou pas. Les femmes peuvent être autorisées à prier sans courir le risque de se faire arrêter ou non. Mais la vraie question est de savoir pourquoi l’État a donné un autorité complète aux rabbins orthodoxes sur cet endroit si important pour tant de gens. Après tout, ils représentent une minorité en Israël, comme parmi les juifs du monde.
La réponse est peut-être politique, mais elle touche à une question beaucoup plus importante : l’absence de séparation entre l’État et la religion.
Cette situation est justifiée – même par des Israéliens athées – par l’argument qu’Israël dépend du soutien du Judaïsme mondial. Et qu’est-ce qui unit le judaïsme mondial ? La religion. (À ce propos, Leibowitz m’a dit un jour que la religion juive était morte depuis 200 ans et que ce qui unissait le judaïsme mondial était la mémoire de l’Holocauste.)
Selon la doctrine de l’État, Israël est l’État-Nation du peuple juif. Selon la doctrine sioniste, le peuple juif et la religion juive ne font qu’un. Donc, il n’y a et il ne saurait y avoir de séparation entre les deux.
Quiconque veut faire d’Israël un pays normal doit rejeter ces deux doctrines. Les Israéliens sont une nation et l’État d’Israël appartient à cette nation. Tout citoyen, homme ou femme, devrait pouvoir prier qui il veut, dans n’importe quel lieu public, y compris le Mur Occidental.
Le Mont du temple (connu des musulmans comme Haram al-Sharif, le temple vénérable), ainsi que le Mur Occidental et, à une petite distance, l’église du Saint-Sépulcre, ont une importance considérable pour des milliards de gens et devraient constituer des facteurs de paix.
Il nous reste à espérer qu’un jour dans l’avenir ils vont remplir cette mission.
[Article écrit en hébreu et en anglais, publié sur le site de Gush Shalom le 18 mai 2013 – Traduit de l'anglais « Women of the Wall » pour l'AFPS : FL]
Uri Avnery
18 mai 2013
Les femmes du Mur
Il était un Israélien qui de temps en temps glissait un papier dans les fentes du Mur Occidental, pour exprimer ses demandes à Dieu – comme le font des juifs depuis des siècles. Ils croient que les portes du ciel se trouvent exactement au dessus du mur, ce qui facilite la transmission rapide de leurs messages.
L’homme se demandait toujours ce que les autres imploraient du Tout-Puissant. Une nuit sa curiosité l’emporta. Aux petites heures du matin, il se glissa vers le Mur pour en extraire tous les papiers et les vérifier. Tous portaient le cachet “Demande rejetée”.
Cette plaisanterie est caractéristique de l’attitude d’un très grand nombre d’Israéliens à l’égard d’un système qui, tous les quelques mois, environ déclenche un tohu bohu politique et religieux.
AUJOURD'HUI CELA se produit de nouveau. Un groupe de femmes juives féministes (pour la plupart d’origine américaine, naturellement) prétendent prier au Mur revêtues du châle de prière (talith) et portant des phylactères (tefillin). Elles sont agressées physiquement par les orthodoxes, la police doit les contenir, la Knesset et les tribunaux s’en mêlent.
Pourquoi ? Selon la loi religieuse juive, les femmes n'ont pas le droit de porter des châles de prière, et surtout pas les phylactères que les hommes orthodoxes portent sur le front et les avant-bras. Elles n'ont pas le droit de se mêler aux hommes sur le lieu le plus sacré du judaïsme.
La partie du Mur réservée à la prière fait environ 60 mètres. Douze mètres sont réservés aux femmes avec une barrière basse de séparation.
La plupart des religions semblent obsédées par le sexe. Elles considèrent que si un religieux mâle voit une femme, quels que soit son âge et son apparence, il est excité au point de ne plus pouvoir penser à rien d’autre. Par conséquent, en bonne logique, les femmes doivent être cachées.
Les “Femmes du Mur”, dont beaucoup ne sont pas religieuses du tout, veulent briser le tabou par provocation. Et voilà.
DEUX ANS avant la naissance d’Israël, je suis allé voir le Mur Occidental pour la première fois. Ce fut une expérience émouvante.
Pour accéder à l’endroit, vous deviez passer par un dédale d'étroites voies arabes. À la fin vous vous trouviez dans une enceinte étroite d’environ trois mètres de large. À votre gauche vous aviez le Mur – une impressionnante structure monumentale, faite d’énorme blocs de pierre. Pour en voir le sommet vous deviez vous pencher en arrière pour regarder vers le ciel.
De l’autre côté il y avait un mur beaucoup plus bas, derrière lequel se situait le vieux et miséreux Quartier Maghrabi (maghrébin, marocain)
Très peu de gens savent – ou cherchent à savoir – que cet enclos n’est pas arrivé là par hasard. En 1516, Jérusalem fut conquise par la puissance mondiale naissante, l’Empire Ottoman, qui était à l’époque l’un des États les plus modernes et progressistes. Peu de temps après, le sultan Soliman le Magnifique construisit le – he bien, magnifique – rempart de Jérusalem, tel qu’il existe à ce jour, un ouvrage d’un coût énorme qui témoigne de l’immense vénération des Turcs Ottomans pour cette ville éloignée de leur royaume. L’architecte en chef de Soliman était Sinan qui conçut également la Porte de Damas, que beaucoup de gens (dont moi-même) considèrent comme le plus bel édifice de tout le pays.
Le bienveillant sultan demanda à Sinan de réserver un lieu particulier de prière pour les juifs de la ville, et l'architexte créa cette enceinte au Mur Occidental (à ne pas confondre avec les remparts de la ville). Pour rendre le mur plus imposant, il abaissa le niveau de l’allée et construisit le mur bas parallèle qui le sépare du voisinage. (Quiconque s’intéresse à cette histoire serait bien inspiré de lire le livre “Jérusalem” de Karen Armstrong, une ex-religieuse et historienne britannique.)
La légende veut que lorsque le rempart de la ville avec ses 34 tours et ses 7 portes fut achevé en 1541, le Sultan fut tellement saisi par sa beauté qu’il fit tuer l’architecte. Il ne voulait pas qu’il puisse bâtir quelque chose d’autre qui rivalise avec cet ouvrage.
JUSQU’ALORS, le Mur Occidental n’était pas pour les juifs le lieu de prière principal.
Des pèlerins du monde entier venaient à Jérusalem et priaient au sommet du Mont des Oliviers, négligeant le Mont du Temple. Mais ce lieu saint était devenu dangereux, parce que pendant la décadence de l’Empire mamelouk précédent, des rôdeurs Bédouins rançonnaient les pèlerins. Par ailleurs, pour les juifs locaux qui vivaient aux côtés des musulmans à l’intérieur de la ville, le Mur Occidental était beaucoup plus proche de chez eux. C’est ainsi que le lieu saint du Mont des Oliviers fut abandonné. Aujourd’hui il y a là un hôtel de luxe.
Depuis lors, le Mur Occidental demeure le lieu le plus sacré du monde pour les juifs, un lieu où les foules se rassemblent les jours saints, où les unités de l’armée jurent fidélité à l’État d’Israël, où les juifs fortunés du monde entier conduisent leurs fils pour leur Bar Mitzva et où les Femmes du Mur sont en train de provoquer le dernier chambardement.
Mais il n’y a fondamentalement rien de sacré concernant le Mur. Il a été construit par le roi Hérode, grand bâtisseur et monstre sanguinaire, qui n’était même pas un vrai juif. Il appartenait au peuple d’Édom, qui avait été depuis peu de temps converti par la force au judaïsme. Je doute que le Grand Rabbinat actuel l’aurait reconnu comme juif et l’aurait autorisé à entrer dans le pays, à épouser une femme juive et à être inhumé dans un cimetière juif.
Contrairement à la croyance commune, il ne fait pas partie du temple construit par Hérode. Pour constituer le vaste terre-plein sur lequel se situait le Temple, (et sur lequel se tiennent actuellement le magnifique Dôme du Rocher et la mosquée al-Aqsa) il a fallu apporter une quantité de terre pour en élever le niveau. Pour maintenir cette masse de terre, il l’a entourée d’un mur. Le Mur Occidental n’est rien d’autre qu’un vestige de ce mur de soutènement.
LORSQUE l’armée israélienne conquit Jérusalem-Est lors de la guerre de juin 1967, l’une des premières actions de l’État fut un acte de violence. À l’époque le maire de Jérusalem était Teddy Kollek, athée convaincu. Mais il se rendit vite compte de la portée religieuse et touristique du lieu et donna l’ordre d’expulser immédiatement toute la population du Quartier Mugrabi voisin, quelques 650 êtres humains musulmans. Il fit raser au sol tout le quartier tout le quartier.
Je me trouvais dans la Vieille Ville de Jérusalem ce jour-là, et je n’oublierai jamais ce que j’ai vu – en particulier le visage inondé de larmes d’une jeune fille de 13 ans portant un grand placard sur le dos.
Sur l’emplacement du quartier détruit, un grand espace vide était créé. C’est maintenant la place du Mur Occidental, aux allures de vaste parking, qui attire les touristes et les femmes portant des châles de prière. Il fait face au Mur Occidental qui a complètement perdu son caractère impressionnant pour ressembler simplement maintenant à un autre grand mur.
Feu le professeur Yeshayahou Leibowitz, juif orthodoxe, l’appelait le Diskotel (kotel signifie mur). Il ne tarissait pas d’éloges sur les wahhabites, secte fondamentaliste sunnite, qui, après avoir conquis La Mecque, avaient immédiatement détruit la tombe du prophète Mohammed, faisant valoir que la vénération de pierres comme lieux saints n’était rien d’autre que de l’idôlatrie. Ils auraient sûrement condamné les rabbins du Mur Occidental pour être des païens enragés.
Dans la mythologie juive, le lieu d’inhumation de Moïse est inconnu, afin qu’il ne puisse pas devenir un lieu de culte.
Il faut porter au crédit de Kollek d’avoir empêché une autre violence. Après la destruction du Quartier Mugrabi, David Ben Gourion, à l’époque simple membre de la Knesset, demanda que tout le mur d’enceinte de la vieille ville soit complètement rasé. Dans la nouvelle capitale juive unifiée, soutenait-il, il n’y avait pas place pour un mur turc. Kollek, ancien collaborateur de Ben Gourion, ramena le vieil homme à la raison.
BEAUCOUP D’ISRAÉLIENS pensent que le Mur Occidental devrait être déclaré monument national laïque, indépendamment de ses implications religieuses. Mais l’État d’Israel l’a déclaré lieu saint et l’a placé sous la seule autorité du Grand Rabbinat. Mauvais pour les Femmes du Mur.
Récemment, Nathan Sharansky a proposé un compromis : dégager un espace supplémentaire près du mur et permettre à tout le monde – homme ou femme, avec ou sans châle de prière, et probablement hétéro ou gay ou lesbienne – d’y prier. L’œuf de Colomb.
(Sharansky, le très admiré ancien rebelle contre le KGB en Union Soviétique et plus tard politicien raté en Israël, s’est vu garantir une sinécure comme chef de l’Agence Juive, institution anachronique dont l’activité principale consiste à lever des fonds pour les colons.)
Il se peut que les rabbins acceptent le compromis, ou pas. Les femmes peuvent être autorisées à prier sans courir le risque de se faire arrêter ou non. Mais la vraie question est de savoir pourquoi l’État a donné un autorité complète aux rabbins orthodoxes sur cet endroit si important pour tant de gens. Après tout, ils représentent une minorité en Israël, comme parmi les juifs du monde.
La réponse est peut-être politique, mais elle touche à une question beaucoup plus importante : l’absence de séparation entre l’État et la religion.
Cette situation est justifiée – même par des Israéliens athées – par l’argument qu’Israël dépend du soutien du Judaïsme mondial. Et qu’est-ce qui unit le judaïsme mondial ? La religion. (À ce propos, Leibowitz m’a dit un jour que la religion juive était morte depuis 200 ans et que ce qui unissait le judaïsme mondial était la mémoire de l’Holocauste.)
Selon la doctrine de l’État, Israël est l’État-Nation du peuple juif. Selon la doctrine sioniste, le peuple juif et la religion juive ne font qu’un. Donc, il n’y a et il ne saurait y avoir de séparation entre les deux.
Quiconque veut faire d’Israël un pays normal doit rejeter ces deux doctrines. Les Israéliens sont une nation et l’État d’Israël appartient à cette nation. Tout citoyen, homme ou femme, devrait pouvoir prier qui il veut, dans n’importe quel lieu public, y compris le Mur Occidental.
Le Mont du temple (connu des musulmans comme Haram al-Sharif, le temple vénérable), ainsi que le Mur Occidental et, à une petite distance, l’église du Saint-Sépulcre, ont une importance considérable pour des milliards de gens et devraient constituer des facteurs de paix.
Il nous reste à espérer qu’un jour dans l’avenir ils vont remplir cette mission.
[Article écrit en hébreu et en anglais, publié sur le site de Gush Shalom le 18 mai 2013 – Traduit de l'anglais « Women of the Wall » pour l'AFPS : FL]
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15/05/2013
Israel que j'ai aimé
J'ai grandi en même temps que l'état d'Israel, bien que j'ai trois ans de plus.....
Dans le début des années 60, quand j'ai commencé à m'interesser au monde, après avoir milité- dans la mesure de mes moyens contre la guerre d'Algérie, avoir découvert l'image ( il faudra des années pour voir que ce n'était qu'une image) du soicialisme, à cette époque là l'image d'Israël rayonnait aux coeur et aux yeux d'une génération de jeunes assoiffés de justice sociale et adhérents à l'idéee d'un socialisme utopique. Jusqu'en 1967. Cette année là, si la guerre des 6 jours m'avait bouleversée, la constatation de l'occupationa été un drame.
Depuis la question lancinante avais rêvé Israel? A entendre tous ceux qui parlent de ce pays tout gonflé de leur importance politique ou médiatique, j'avais êvé, car l'Israel d'aujourd'hui était l'Israel qui devait advenir, il n'y avait rien à redire, à la main mise des rabbins sur l'armée, à l'absence d'état civil ( qui interdit tout mariage hors de la synagogue) , rien à critiquer dans la création des colonies et leur extension tout était inscrit depuis toujours. Israel a été et reste beau et merveilleux.
Alors je suis heureuse de vous communiquer cet article.
Traduction : Tal Aronzon pour LPM
Illus : Herzl à Bâle, lors du 1er congrès sioniste (1897)
Ha’aretz, le 2 mai 2013
http://www.haaretz.com/opinion/so-w...
Après une semaine passée avec JCall en voyages et rencontres en Israël-Palestine, où entre autres choses l’avenir au pays bleu-blanc de la démocratie et celui du sionisme furent débattus sans trop d’illusions, cet article de Yossi Sarid à l’occasion du 153e anniversaire de la naissance d’Herzl nous a paru s’imposer.
« Israël ne ressemble en rien à l’utopie sioniste imaginée par Théodore Herzl, écrit-il, aussi pourrions-nous tout aussi bien cesser de lui mettre des mots dans la bouche. »
Qu’est-ce que le fondateur du sionisme politique moderne, Benjamin Ze’ev (Théodore) Herzl dirait s’il pouvait voir en quelle sorte de réalité s’est muée sa vision, à savoir celle de l’État d’Israël ? Qu’est-ce qu’il dirait s’il pouvait entendre ce que déclara la semaine dernière au parlement israélien un autre Benjamin, en l’occurrence le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à l’occasion du 153e anniversaire de la naissance d’Herzl ? Peut-être aurait-il simplement tombé la veste, pour que ceux qui se proclament ses héritiers ne puissent plus longtemps se pendre à ses basques. Chaque génération se sent légataire de la précédente. Il arrive cependant que cette impression soit résolument fausse.
Bien qu’Herzl n’ait pas développé de théorie socio-économique claire et précise, il lui eut certainement paru difficile de se qualifier de néo-libéral. Dans son roman utopique dépeignant un État sioniste à venir, Altneuland [litt. “l’ancien-nouveau pays”], il montre ouvertement sa préférence pour une organisation du travail basée sur des coopératives. Et quand un homme riche s’entend demander, dans le roman, comment la vie économique fonctionne au sein de l’État, il répond que tout y est dirigé sous forme coopérative – à commencer par son propre journal.
Le capitaliste note que, s’il en est bien le propriétaire, ses ouvriers sont regroupés en un syndicat dont l’autonomie va croissant. Il a même renforcé leur caisse d’épargne par l’attribution d’une partie de ses profits. Il souligne que leurs économies sont restées intactes.
Cela fait 120 ans qu’Herzl avait compris ce que Netanyahu n’a toujours pas saisi. Le visage de l’ancien-nouveau pays n’est pas celui d’un capitalisme rapace ; ce n’est pas celui du magnat israélien Nochi Dankner, ni celui du PDG de la banque Mizrahi-Tefahot, Eli Yones, ni celui non plus du darwinisme économique à la Bibi Netanyahu. Dans les plus échevelés de ses rêves, Herzl n’aurait pu imaginer la guerre pour la survie économique en marche dans l’État juif d’aujourd’hui, où les “coiffeurs” – les magnats qui veulent tondre les citoyens ou leur faire endosser une partie de leurs dettes – réalisent en un jour plus que les “chauves” de la société israélienne en toute une année. Au bout du compte, les “coiffeurs” parviennent toujours à raser une partie de ce qu’ils doivent. Dankner et Yones représentent tout ce qu’il y avait de méprisable et d’abominable aux yeux d’Herzl.
En matière de rapports entre État et religion, et entre armée et religion, Herzl se montra plus direct et plus clair. L’un de ses personnages assure que, dans leur État sioniste utopique, jamais les citoyens ne permettraient la mise en place d’une théocratie et qu’ils étoufferaient toute tentative du clergé d’en fonder une. La place du clergé est dans les synagogues, comme celle des soldats dans les casernes. Même si l’on paie au clergé et à l’armée le respect qui leur est dû dans l’ancien-nouvel État, ils n’ont pas leur mot à dire en matière de conduite des affaires publiques, parce que pareille intervention serait source de graves problèmes tant intérieurs que diplomatiques.
Israël, aux alentours de 2013, n’a pas suivi ce programme. Il n’a pas maintenu le clergé et l’armée à leur place [1], non plus qu’il ne les a empêchés de faire entendre leurs points de vue sur les affaires publiques. À observer la réalité actuelle, la dégradation est inévitable. Non seulement nos rabbins interférent chaque jour dans des questions qui ne sont pas de leur ressort, mais ils renforcent leur emprise sur l’armée. Tsahal [les “Forces de défense d’Israël”] est devenue l’armée de Dieu, qui puise sa combativité en ses rabbins et non plus en ses officiers. Que dirait Herzl s’il voyait une alliance dépassant ses pires cauchemars : un officier et un rabbin [2] servant sur la même base et un bataillon commandé par un Tom Pouce théologien menant les troupes au combat de Dieu ?
Dans une telle réalité, quoi de surprenant à ce que le chef d’état-major, le lieutenant-général Benny Gantz, fasse ce que l’aumônerie militaire lui dicte. Le “Jour du Souvenir” [3], il ne déposa pas de gerbe sur la tombe d’un soldat – sans aucun doute tombé en défendant l’État juif, mais dont la judéité n’était pas si certaine. C’est le même chef d’état-major qui n’a pas démis les autorités rabbiniques en uniforme, en dépit du fait que celles-ci avaient édicté un règlement interdisant à des soldates – et même à des gradées – de fixer des mezouzoth aux linteaux de leur poste au sein de bases militaires, endossant ainsi le principe de l’inégalité des non-juifs face aux juifs [4] ; et validant la déclaration selon laquelle « les représentants de la nation n’ont pas autorité, en termes de loi religieuse juive, à aller à l’encontre des “volontés de la Torah”. »
Les chefs d’état-major peuvent venir et partir ; Gantz ne restera pas éternellement en fonctions, mais son (démoniaque) “esprit de corps” [5] demeurera, hélas.
Et puisque nous en sommes à réexaminer l’héritage de Herzl, nous pourrions tout aussi bien actualiser les données concernant le ministre des Finances, Yaïr Lapid, et le ministre de l’Économie et du Commerce, Naftali Bennett : Vous œuvrez énergiquement à une proposition de loi portant sur la tenue d’un referendum national dans l’éventualité d’un accord de paix avec les Palestiniens. Herzl considérait la méthode référendaire comme folle, car il n’est pas en politique de questions simples auxquelles répondre par oui ou par non. L’opinion publique, écrit Herzl dans son roman, est pire encore que son parlement, parce qu’elle croira n’importe quel mensonge et suivra aveuglement le premier démagogue venu.
Herzl l’a dit, et après ? Ce que les gens ne devraient pas faire, c’est fonder leur argumentation sur ses prétendues assertions. Laissons-le reposer en paix dans son caveau sur le mont Herzl, à Jérusalem. Qu’il n’ait pas à se retourner dans sa tombe.
Quoi qu’il en soit, s’il était aujourd’hui en vie, Herzl ne manquerait pas de bonnes et mauvaises raisons de déprimer. Nous avons appris cette semaine qu’Israël figurait tout au bas de la liste des pays permettant le mariage pour tous, avec l’Iran, l’Afghanistan et l’Arabie Saoudite [6]. Et, toujours cette semaine, on a annoncé que l’animateur et conteur Dan Kaner serait l’un des récipiendaires du prix de la ministre de la Culture et des Sports Limor Livnat pour les œuvres créatives dans le domaine du sionisme... au titre de son projet d’émission “Dan Kaner lit la Bible”.
NOTES
[1] C’est ainsi que passant jeudi dernier aux abords du Mur, où se préparait une cérémonie militaire, avec l’une des participantes au voyage de JCall en T-shirt sans manches par trente degrés à l’ombre, celle-ci s’entendit interpeller en hébreu par l’adjudante [laissons le grade au hasard de mon ignorance] en charge des bonnes mœurs. Traduction faite, elle put fort heureusement enrouler autour de ses épaules la longue écharpe qui lui tenait lieu de “turban de soleil”. Que se serait-il passé autrement, expulsion des lieux, arrestation ? Tous les espoirs sont permis.
À noter, en tout cas, que les cérémonies militaires se tiennent désormais devant le Mur, avec prières et kippa obligatoires, sans compter on l’a vu la “tenue modeste” de rigueur pour les femmes. J’ignore ce qu’il advient des Druzes ou Bédouins engagés dans l’armée... Quant au nombre de jeunes soldats qui dévalaient en masse, groupe après groupe, l’étroite allée du souk pour s’y rendre, qu’en dire sinon qu’ils auraient mieux fait à mon goût de traverser sans tant d’ostentation le quartier juif, à une rue de là.
[2] L’alliance du sabre et du goupillon, auraient chanté ici comme ailleurs Jean Ferrat et quelques autres reprenant Aragon.
[3] Les cérémonies en mémoire des morts au champ d’honneur ont lieu la veille des festivités du Jour de l’Indépendance.
[4] À la suite de divers incidents portant sur le droit des femmes à prier devant le Mur un talith (châle de prière) autour des épaules, le rabbinat s’interrogea sur leur droit à fixer des mezouzoth au linteau des portes. Concluant que la tradition le permettait, le rabbinat précisa cependant que cela ne valait qu’autant que lesdites femmes seraient juives. Et de s’interroger derechef sur la judéité avérée ou non des femmes immigrées d’URSS, en particulier, avant de leur interdire dans le doute de fixer, à l’armée, les mezouzoth aux portes.
[5] En français dans le texte.
[6] Il va sans dire, et peut-être mieux en le disant, qu’il s’agit dans tous ces pays (parmi lesquels Israël seul se définit comme une démocratie), non seulement du mariage entre personnes de même sexe qui vient de passer en France avec les remous que l’on sait, mais encore du mariage civil, qui permettrait l’union entre personnes de confessions différentes.
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13/05/2013
Solution à deux etats morte?
Uri Avnery
11 mai 2013
L’âne du Messie
“La solution à deux États est morte”. Ce slogan a été répété si souvent ces derniers temps, par tant de commentateurs faisant autorité, que ce doit être vrai.
Eh bien, il ne l’est pas.
Il me rappelle une des paroles de Mark Twain souvent citée : “L’annonce de ma mort était une exagération.”
ACTUELLEMENT c’est devenu une marotte intellectuelle. Si vous plaidez pour la solution à deux États cela signifie que vous êtes vieux, dépassé, rassis, lourd, un fossile d’une époque révolue. Si vous brandissez le drapeau de la “solution à un seul État” cela signifie que vous êtes jeune, progressiste, “cool”.
En réalité, cela montre simplement combien les idées tournent en rond. Lorsque nous disions au début de 1949, immédiatement après la fin de la première guerre israélo-arabe, que la seule réponse à la nouvelle situation était la création d’un État palestinien à côté d’Israël, la “solution à un seul État” était déjà vieille.
L’idée d’“un État bi-national” était en vogue dans les années 30. Ses principaux avocats étaient des intellectuels pleins de bonnes intentions, dont beaucoup étaient des célébrités de la nouvelle Université hébraïque, comme Judah Leon Magnes et Martin Buber. Ils avaient le renfort du mouvement kibboutz Hashomer Hatza’ir qui allait devenir le parti Mapam.
Elle n’obtint jamais une quelconque adhésion. Les Arabes pensaient qu’il s’agissait d’une ruse juive. Le bi-nationalisme se fondait sur le principe de parité entre les deux populations – 50% de Juifs, 50% d’Arabes. Comme les Juifs représentaient à l’époque beaucoup moins que la moitié de la population, les soupçons arabes étaient logiques.
Côté juif, l’idée paraissait ridicule. La nature même du sionisme consistait à avoir un État dans lequel les Juifs seraient maîtres de leur destin, de préférence dans l’ensemble de la Palestine.
À l’époque, personne ne l’appelait la “solution à un seul État” parce qu’il y avait déjà un seul État – l’État de Palestine dirigé par les Britanniques. La “solution” s’appelait “l’État bi-national” ; elle a péri dans la guerre de 1948 sans laisser de regrets.
QU’EST-CE QUI A provoqué la résurrection miraculeuse de cette idée ?
Ce n’est pas la naissance d’un nouvel amour entre les deux peuples. Un tel phénomène aurait été surprenant et même miraculeux. Si les Israéliens et les Palestiniens avaient découvert leurs valeurs communes, les racines communes de leur histoire et de leurs langues, leur amour commun pour ce pays – eh bien, cela n’aurait-il pas été absolument merveilleux ?
Mais hélas, la nouvelle “solution à un seul État” n’est pas née d’une nouvelle immaculée conception. Elle a pour père l’occupation et pour mère le désespoir.
L’occupation a déjà créé de facto un seul État – un mauvais État d’oppression et de brutalité, dans lequel la moitié de la population (ou un peu moins de la moitié) prive l’autre moitié de presque tous les droits – droits humains, droits économiques et droits politiques. Les colonies juives prolifèrent, et chaque jour apporte de nouvelles histoires de malheurs.
Les gens de bonne volonté des deux côtés ont perdu espoir. Mais le désespoir ne pousse pas à l’action. Il renforce la résignation.
REVENONS au point de départ. “La solution à deux États est morte”. Comment se fait-il ? Qui le dit ? Selon quels critères scientifiques a-t-on certifié sa mort ?
En général, on considère l’expansion des colonies comme le signe de la mort. Dans les années 1980, l’historien israélien réputé Meron Benvenisti déclarait que la situation était devenue désormais “irréversible”. À l’époque il y avait à peine 100.000 colons dans les territoires occupés (sans compter ceux de de Jérusalem-Est, considérés communément comme un cas à pazrt). Maintenant ils prétendent être 300.000, mais qui fait le décompte ? Quel est le nombre de colons qui implique irréversibilité ? 100, 300, 500, 800.000 ?
L’histoire est un creuset de réversibilité. Des empires croissent et s’effondrent. Des cultures s’épanouissent et périclitent. Il en va de même pour les modèles économiques. Seule la mort est irréversible.
Je peux imaginer une douzaine de façons différentes de résoudre le problème des colonies, de l’évacuation par la force à l’échange de territoires et à la citoyenneté palestinienne. Qui pensait que les colonies du Nord Sinaï pourraient être évacuées si facilement ? Que le retrait des colonies de la bande de Gaza allait devenir une comédie nationale ?
En fin de compte, il y aura probablement un mélange de plusieurs formules, en fonction des circonstances.
Tous les problèmes herculéens du conflit peuvent trouver une solution – s’il y a une volonté. C’est la volonté qui est le vrai problème.
LES PARTISANS D’UN SEUL ÉTAT aiment à s’appuyer sur l’expérience sud-africaine. Pour eux, Israël est un État d’apartheid, comme l’ancienne Afrique du Sud, et la solution doit prendre pour modèle l’Afrique du Sud.
Il est certain en effet que la situation dans les territoires occupés, et dans une certaine mesure en Israël même, ressemble fortement au régime d’apartheid. L’exemple de l’apartheid peut à juste titre être évoqué dans le débat politique. Mais en réalité, il a très peu de ressemblance en profondeur – s’il y en a – entre les deux pays.
David Ben-Gourion a donné un jour un conseil aux dirigeants sud-africains : la partition. Rassembler la population blanche au sud, dans la région du Cap, et laisser les autres parties du pays aux noirs. Des deux côtés en Afrique du Sud l’idée fut rejetée avec vigueur, parce que les deux parties croyaient à un seul pays uni.
Ils parlaient généralement les mêmes langues, appartenaient à la même religion, étaient intégrés à la même économie. La lutte concernait la relation de maître à esclave, avec une petite minorité se considérant supérieure à une majorité massive.
Rien de cela n’est vrai dans notre pays. Ici nous avons deux nations différentes, deux populations de tailles à peu près équivalentes, deux langues, deux (ou plutôt trois) religions, deux cultures, deux économies totalement différentes.
Des prémisses erronées conduisent à des conclusions erronées. L’une d’elles est qu’Israël, comme l’Afrique du Sud de l’apartheid, peut être mis à genoux par un boycott international. Concernant l’Afrique du Sud, il s’agit là d’une prétentieuse illusion impérialiste. Ce n’est pas le boycott, pour moral et important qu’il fut, qui fut efficace. Ce furent les Africains eux-mêmes, avec le concours de quelques idéalistes blancs locaux, qui le furent par leurs grèves et leurs soulèvements courageux.
Je suis un optimiste et j’espère vraiment qu’en fin de compte les Juifs israéliens et les Arabes palestiniens vont constituer des nations sœurs, vivant côte à côte en harmonie. Mais pour en arriver là, il faut qu’il y ait une période de vie apaisée au sein de deux États voisins, avec espérons-le des frontières ouvertes.
Les gens qui parlent actuellement de la “solution à un seul État” sont des idéalistes. Mais ils font beaucoup de mal. Et pas seulement parce qu’ils abandonnent et font abandonner à d’autres le combat pour la seule solution qui soit réaliste.
Si nous sommes appelés à vivre ensemble dans un seul État, cela n’a aucun sens de lutter contre les colonies. Si Haïfa et Ramallah vont appartenir au même État, quelle est la différence entre une colonie proche de Haïfa et une autre proche de Ramallah ? Mais la lutte contre les colonies est absolument essentielle, c’est le terrain de combat principal de la lutte pour la paix.
En fait, la solution à un seul État est l’objectif commun à l’extrême-droite sioniste et à l’extrême gauche anti-sioniste. Et du fait que la droite est incomparablement plus forte, c’est la gauche qui vient en aide à la droite et non l’inverse.
En théorie, c’est ainsi que cela devrait se passer. Parce que les partisans d’un seul État pensent que les gens de droite ne font que préparer le terrain pour leur paradis futur. La droite est en train d’unifier le pays et de mettre fin à la possibilité de créer un État de Palestine indépendant. Elle va imposer aux Palestiniens toutes les horreurs de l’apartheid et bien plus, dans la mesure où les racistes sud-africains n’ont jamais eu pour objectif de déplacer les noirs pour prendre leur place. Mais en temps voulu – peut-être dans simplement quelques décennies, ou un demi-siècle – le monde va contraindre le Grand Israël à donner aux Palestiniens leurs pleins droits, et Israël deviendra la Palestine.
Selon cette théorie de l’ultra-gauche, la droite, qui met en place actuellement l’État unique raciste, est en réalité l’âne du Messie, l’animal légendaire que chevauchera le Messie pour son triomphe.
C’est une belle théorie, mais quelle garantie a-t-on que cela va réellement se produire ? Et avant que n’advienne l’étape finale, qu’arrivera-t-il au peuple palestinien ? Qui obligera les dirigeants du Grand Israël à se soumettre au diktat de l’opinion publique mondiale ?
Si Israël refuse actuellement de s’incliner devant l’opinion mondiale pour donner la possibilité aux Palestiniens d’avoir leur propre État sur 22% de la Palestine historique, pourquoi s’inclinerait-il demain devant l’opinion mondiale pour démanteler complètement Israël ?
Si l’on parle d’un processus qui va sûrement durer 50 ans et plus, qui sait ce qui va se produire ? Quels changements vont se produire dans le monde pendant ce temps ? Quelles guerres et autres catastrophes tiendront les préoccupations du monde éloignées de la “Question palestinienne” ?
Qui jouerait le sort de sa nation sur une théorie aussi invraisemblable que celle-là ?
ADMETTONS un moment que la solution à un seul État se réalise, comment fonctionnerait-elle ?
Les Juifs israéliens et les Arabes palestiniens serviraient-ils dans la même armée, paieraient-ils les mêmes impôts, obéiraient-ils aux mêmes lois, collaboreraient-ils dans les mêmes partis politiques ? Y aurait-il des relations sociales entre eux ? Ou bien l’État sombrerait-il dans une guerre civile interminable ?
D’autres peuples ont trouvé qu’il était impossible de vivre ensemble au sein d’un seul État. Prenez l’Union Soviétique, la Yougoslavie, la Serbie, la Tchécoslovaquie, Chypre, le Soudan. Les Écossais souhaitent quitter le Royaume Uni. C’est aussi le cas des Basques et des Catalans qui veulent se séparer de l’Espagne. Les Français du Canada et les Flamands de Belgique sont mal à l’aise. Pour autant que je le sache, on n’a vu nulle part dans le monde entier deux peuples différents s’accorder pour former un État commun pendant des décennies.
NON ? LA solution à deux états n’est pas morte. Elle ne peut pas mourir parce que c’est la seule solution qui existe.
Le désespoir est peut-être commode et tentant. Mais le désespoir n’est en rien une solution.
[Article écrit en hébreu et en anglais, publié sur le site de Gush Shalom le 11 mai 2013 – traduit de l'anglais « The Donkey of the Messiah » pour l'AFPS : FL]
08:27 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
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