29/03/2012
Toulouse suite: Juifs et Arabes de France
Je suis allée à la manif dimanche.
A la manif de dimanche, ont défilé, sans slogan et sans drapeau ( sauf un, j’y reviendrais) des Noirs, Des Juifs, des Arabes, des hommes, des femmes, des jeunes des moins jeunes et des vieux. Il y avait des filles en T shirt décolleté, et des filles voilées, des gens qui se retrouvaient et des gens venus tout seuls.
Pas de slogans, pas de banderoles, nous étions tous là pour faire vivre cette laïcité qui nous permet de vivre tous ensemble, pour dire NON à tout ce qui tente de nous diviser par race, par religion, par couleur de peau.
Il y avait eu un acte terrible, qui avait tenté de diviser et nous disions nous sommes unis, au-delà des différences de race de religion ou d’appartenance politique.
Ce n’était pas une manif contre le racisme, une manif contre l’antisémitisme, c’était plus que cela. Le silence de ces quelques milliers de personnes venues là suite à un appel resté presque confidentiel, était très fort.
Ce silence venant de toutes ces personnes si différentes disait très fort : « la haine différenciée ne passera pas ».
Je reviens sur le drapeau israélien, il n’y en avait qu’un seul, mais c’était un de trop.
A plusieurs reprises des gens du service d’ordre sont allés lui demander de le replier, plusieurs individus de la manifestation également, et le porteur a refusé. « Des franco israéliens ont été tués, c’est pour leur rendre hommage ». Cet homme n’avait rien compris, aveuglé par sa lutte contre l’antisémitisme, rien que contre l’antisémitisme il n’avait pas compris que toutes les personnes qui défilaient, défilaient bien sûr aussi contre l’antisémitisme, mais que leur présence allait bien au-delà. Il est resté sur la défense de son intérêt catégoriel. Je l’appellerai « le mec au drapeau », car des « mecs au drapeau » il y en a plein et j’en rencontrerai plus tard.
Parce que ce qui s’est passé à Toulouse et Montauban interpelle largement. Ce n’est pas parce des musulmans, des noirs et des arabes ont été assassinés qu’il ne s’agit que de racisme, ce n’est pas parce que des enfants Juifs ont été assassinés qu’il s’agit seulement d’antisémitisme, ce n’est pas parce que l’assassin évoque les enfants de Gaza qu’il s’agit seulement de la question israélo palestinienne. Au-delà de l’antisémitisme et du racisme, ces crimes dépassent également la question des relations israélo palestiniennes.
Ils interpellent tout le monde bien sûr mais plus particulièrement les Juifs et les Arabes de France .
Et d’ailleurs les commentaires sur l’antisémitisme des banlieues, les fantasmes sur l’islamisation galopante des jeunes vont bon train. Les crimes de Toulouse et de Montauban nous obligent à nous poser la question de la cohésion nationale.
Hier soir était proposée une rencontre avec des personnalités diverses, sur ce sujet.
Les intervenants ont tous souligné le cruel manque d’information dont nous souffrons ici, en France sur la réalité de la vie en Israël et en Palestine. Et, parce que aucune information sur la vie réelle ne nous parvient, n’importe qui raconte n’importe quoi et beaucoup ne peuvent faire autrement que de les croire.
Alors que dans la vie réelle en Israël, en Palestine, à Gaza, des centaines d’associations et des centaines d’individus, font vivre des initiatives qui défendent le « vivre ensemble » des Israéliens et des Palestiniens ici nous n’avons que des échos de guerre.
C’est d’ailleurs l’objet du livre que j’ai publié chez l’Harmattan, « Israéliens Palestiniens libres paroles au dessus du mur ». Ce livre qui relate effectivement de telles expériences n’a eu absolument aucun couverture presse « cela n’interesse personne » m’avaient déjà dit les éditeurs.
A partir de cette ignorance réelle largement entretenue par tous les médias, s’est créée en France une vision fantasmée de la réalité de Gaza, d’Israël et de la Cisjordanie.
Des questions se posent sur la personnalité de l’assassin. Est il un fou ? est il embrigadé par des islamistes fanatiques ? Une victime ?
En tous cas tout ce qui en est dit tend à en faire un être à part.
Pourtant, tout ce qui apparaît de lui montre un jeune homme assez « comme tout le monde » un peu délinquant, un peu musulman, un peu fêtard, un peu en recherche d’idéal.
Et si Mohammed Merah était juste un enfant de France souffrant gravement du mal le plus répandu dans la France d’aujourd’hui, l’absence d’information, l’absence d’éducation, l’absence de formation, l’absence d’esprit critique.
Un intervenant demandait : « Mais qui parle à ces jeunes français issus de l’immigration.
Les politiques ne vont pas dans les banlieues.
Qui leur parle d’eux-mêmes et de leur histoire, de celle de leurs parents ?
Qui leur parle de leurs voisins juifs, immigrés comme eux mais avec une autre histoire ? »
En effet qui leur parle et de quoi ? Ils ont la télé, la télé satellite, mais avec qui peuvent ils parler, discuter ?
Une fois ce tableau brossé, ces questions posées, la parole était à la salle.
Et alors là déferlement : La parole a dès lors été monopolisée par les frères et sœurs du « mec au drapeau. »
Charles Enderlin faisait partie des invités il a été immédiatement attaqué sur l’affaire du reportage sur la mort du petit Mohammed Al Dura. « Mais si il y avait une preuve que le reportage ait été bidonné, que le jeune garçon n’ai pas été tué, (comme beaucoup le prétendent) ne pensez vous pas que les services secrets Israéliens, qui sont quand même reconnus comme les meilleurs, l’aurait révélé depuis longtemps ? « NON, NON disent les mecs au drapeau, nous savons…… »
Attaque sur le fait que les intervenants ait parlé de la Cisjordanie, (dénomination de l’ONU des Etats-Unis et de l’Union Européenne) en disant les territoires occupés et en les nommant Cisjordanie alors que disent les « mecs au drapeau »’ils font partie d’Israël et qu’il faut les appeler Judée Samarie.
Alors que des personnes travaillant en banlieue étaient venues parler de ce qui s’y passe, des problèmes qu’ils rencontrent, des solutions qu’ils trouvent, ils n’ont pas pu parler. De façon évidente ces intervenants venaient pour dire ce qu’ils font, chacun dans leur coin, ils espéraient se faire entendre, se rencontrer, pour mettre en commun leurs expériences.
Mais « les mecs au drapeau » ne leur en ont pas laissé la possibilité.
Mais néanmoins la tenue du débat permet d’espérer sortir petit à petit des positions radicales des uns et des autres
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