27/06/2012

Tous frères?

Le monde change, surtout au moyen Orient, il devient de plus en plus indipensable de rélfléchir sur le futur en sortant de l'habituelle attitude consistant à voir dans l'autre un ennemi mortel.

C'est ce que propose Uri Avner dans cet article

du 23/06/2012


Nos frères musulmans 

  Aujourd’hui tout le monde sait pourquoi nous sommes en Pales

Lorsque Dieu enjoignit à Moïse de demander à Pharaon de laisser partir son people, Moïse Lui répondit qu’il n’était pas celui qui pouvait exprimer cette demande car, dit il,” J’ai la langue embarrassée et je parle lentement”. (Exodus 4:10).

Il aurait dû Lui dire également “ : “Je suis dur d’oreille”  C’est ainsi que lorsque Dieu lui dit de conduire son people vers le Canada, il emmena son people à Canaan passant les 40 ans – nécessaires pour atteindre Vancouver- à errer ça et là dans le dessert du Sinaï.

C’est ainsi que nous voilà à Canaan, entourés de musulmans.

 

Pendant les dernières dizaines d’années mes amis et moi même avons averti que si nous repoussions la paix la nature du conflit allait changer. J’ai moi même écrit des douzaines d’articles pour dire que si le conflit qui nous oppose évoluait d’une revendication Nationaliste à une revendication religieuses, tout allait changer en pis.

La lutte des Arabes contre les sionistes a commence comme un conflit entre deux grands mouvement Nationalistes, nés plus ou moins en même temps dans la suite des nouveaux Nationalismes européens.

Les premiers sionistes étaient presque tous des Athées convaincus, s’inspirant des mouvements nationalistes Européens, qui, d'ailleurs les poussaient dehors. Ils utilisèrent alors –de façon assez cynique- les symboles religieux pour mobiliser les Juifs.

La résistance arabe aux premières implantations juives était une résistance fondamentalement nationaliste et non religieuse. Cette résistance arabe faisait partie de la vague de nationalisme Arabe qui émergeait dans tout le monde Arabe.
Le leader de la résistance Palestinienne était Hadj Amin al Husseini, qui était effectivement le Grand Mufti de Jérusalem, mais qui utilisait la religion pour renforcer les motivations nationalistes.

Les leaders nationalistes sont des gens généralement rationnels. Ils font la guerre et ils font la paix. Ils savent également faire des compromis lorsque cela leur convient. Ils savent aussi parler avec leurs ennemis

Les conflits religieux sont d’un tout autre ordre. Lorsque Dieu entre en lice tout devient extrême. Dieu peut être miséricordieux et aimant, mais ceux qui croient en Lui ne le sont généralement pas du tout. Dieu et le compromis ne vont pas bien ensemble. Et surtout pas sur la terre Sainte de Canaan.

L’ ENRELIGIONALISATION  - si on peut créer ce mot- du conflit Israélo Palestinien s’est faite des deux côtés.

Il y a des années,  l’historienne Karen Armstrong, une ancienne nonne, écrivit un livre provoquant. (“The Battle for God” la bataille pour Dieu) sur le fondamentalisme religieux. Elle soulignait un fait étonnant ; les mouvements fondamentalistes Chrétiens Juifs et musulmans se ressemblaient beaucoup

En étudiant l’histoire des mouvements fondamentalistes aux Etats-Unis, en Israël en Egypte et en Iran, elle découvrit  qu’ils étaient nés à la même époque et qu’ils connurent des évolutions semblables

Puisqu’il y  a que peu de ressemblances entre les quatre régions concernées, et entre les quatre sociétés, sans parler des trois religions, Il s’agit là d’un fait qui mérite d’être étudié.

La conclusion qu’on peut inévitablement en tirer c’est qu’il y a dans l’air du temps contemporain quelque chose qui encourage ce type d’idées, quelque chose qui n’est pas enraciné dans le passé mais qui prend racine dans le présent et qui est magnifié par les fondamentalistes.

En Israel cela commença au lendemain de la guerre de 1967 lorsque Shlomo Goren, Grand rabbin de l’armée, se rendit devant le Mur qui venait d’être libéré  et sonna le Choffar[1] Yeshua Leibowitz [2]

Yeshayahu Leibowitz le surnomma le “le clown au choffar” . Mais cela eut un echo important dans tout le pays.

Avant cette guerre des six jours, la branche religieuse du sionisme  était l’enfant mal aimé du mouvement. Pour beaucoup d’entre nous la religion était une sorte de superstition tolérée parfois utilisée par les politiciens.

La victoire écrasante de l’armée israélienne fut alors considérée comme le fruit d’une intervention divine et la religion rajeunie revint à la vie.  Ce fut comme la réalisation du psaume 118 (22) «  La pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient est devenue la principale de l’angle »

Les énergies refoulées des religieux qui avaient été coocoonées depuis des années dans les écoles ultra orthodoxes  éclatèrent au grand jour.

Cela donna le mouvement des colons. Ils coururent s’installer  en haut de toutes les collines dans les territoires occupés.

De nombreux colons allèrent construire la maison de leur rêve sur des terres arabes volées afin de profiter d’une bonne qualité de vie. Mais au cœur de ces actions se trouvent les fondamentalistes fanatiques qui sont prêts à vivre une vie difficile et dangereuse  invoquant comme le faisaient les croisés, la volonté de Dieu. .

La seule raison d’être de ces colonies est de pousser les Arabes dehors et de faire de cette terre de Canaan un Etat Juif. Une des étapes est de faire des pogroms contre les arabes et de brûler les mosquées.

Ces fondamentalistes ont acquis une énorme influence sur le gouvernement et cette influence grandit sans cesse.

Ainsi, par exemple depuis des mois le pays est mis à feu et à sang après la décision de la Court Suprême de détruire 5 (cinq) maisons de la colonie de Bet El qui avaient été construites sur des terres arabes privées. [3]

Dans un effort désespéré pour éviter les émeutes des colons en colère, Benjamin Nettanyahou a promis de remplacer ces cinq maisons par 850 nouvelles maisons construites dans les territoires occupés. De tels faits se produisent sans cesse.

Mais ne nous méprenons pas: après avoir débarrassé le pays de tous les “non Juifs” la prochaine étape sera de faire d’Israel la  terre de la Halakha. Un pays gouverné par la loi religieuse, qui supprimera toutes les lois votées démocratiquement mais qui ne se conformeraient pas à la parole divine portée par les rabbins..

Remplacez le mot “charria” par le mot “halakha” les deux signifiant “loi religieuse”  et vous retrouvez le rêve des fondamentalistes musulmans. D’ailleurs ces deux système législatifs se ressemblent beaucoup toutes deux couvrant toutes les sphères de la vie privée ou collective.

Depuis le début du printemps arabe la démocratie Arabe balbutiante  a permis l’émergence des fondamentalistes musulmans.

En fait cela a commence même auparavant lorsque le Hamas  (branche des frères Musulmans) a gagné en Palestine, les élections démocratiques surveillées par les instances internationales.

Quoiqu’il en soit le gouvernement Palestinien qui en a été issu a été détruit par le gouvernement Israélien  aides par ses allies Américains et Européens.

La semaine dernière la victoire apparente des Frères Musulmans aux élections présidentielles peut être considéré comme un point de repère. Après des victoires semblables en Tunisie au Yemen en Syrie et les évènements de Lybie il est clair que partout les Frères musulmans et les partis frères ont la faveur des citoyens Arabes

Les frères musulmans Egyptiens ont été fondés en 1928 et constituent  un parti bien établi qui a gagné le respect par leur constance et leur dévouement face à la persécution dont ils ont sans cesse été victimes, les arrestations de masse qui les ont frappés et les exécutions. Leurs leaders n’ont pas été impliqués dans la corruption omniprésente et ils sont admirés pour leur engagement dans l’aide sociale.

L’Occident est hanté par l’image moyenâgeuse des Sarrazins. La confrérie des Frères Musulmans fait peur. On la voit comme une secte secrète et meurtrière dont le but est la destruction d’Israël  et de l’Occident. Bien entendu personne n’a pris la peine d’étudier l’histoire de ce mouvement en Egypte et dans les autres pays.

En fait leur réalité est totalement à l’opposé de cette caricature.

La fraternité a toujours été un parti modéré, bien qu’il existe en son sein une aile plus extrémiste. A chaque fois que cela était possible la confrérie a tenté de s’entendre avec les dictateurs égyptiens successifs, Nasser, Sadate et Moubarak bien que chacun d’entre eux ait tenté de les supprimer.

La confrérie est D’abord et avant tout un parti Arabe et Egyptien, profondément enraciné dans l’histoire égyptienne. Sans doute me contrediraient ils mais je pense qu’ils sont plus ARABES ET PLUS Egyptiens que fondamentalistes religieux. Ils n’ont en tous cas jamais été des fanatiques. .

Pendant leurs 84 ans d’existence ils ont eu des hauts et des bas. Mais leur principale qualité a toujours été indéniablement leur pragmatisme associé à leur attachement aux principes de la religion.
C’est également ce pragmatisme qui caractérise leur comportement durant les derniers dix huit mois c’est à dire depuis le début du printemps Arabe.  Il semblerait que ce comportement ait influencé le choix de nombreux électeurs qui, bien que n’étant pas particulièrement religieux, auront finalement préféré, les frères musulmans, au candidat laïc  trop proche du régime précédent corrompu et répressif.

Ce pragmatisme détermine également leur attitude envers Israel. Ils pensent sans cesse à la Palestine, et cela est vrai de tous les Egyptiens.

Ils sont également troublés par le sentiment que à Camp David Anwar Sadat a trahi les Palestiniens. Ou pis ils pensent que le Juif tortueux qu’était Begin a trompé Sadat l’amenant à signer un document qui ne disait pas ce que Sadat avait cru qu’il disait... Ce n’est pas à cause des  Frères que les Egyptiens qui nous avaient accueillis avec enthousiasme , nous,  les premiers Israéliens à venir leur rendre visite se sont finalement retournés contre nous.

Pendant toutes les dernières campagnes électorales – quatre en un an- la fraternité des Frères musulmans n’a pas demandé l’abrogation du traité de paix avec Israël. Leur attitude semble être toujours aussi pragmatique.

TOUS nos voisins sont en train de se rapprocher de la religion musulmane.

Ce n’est pas la fin du monde. Mais cela devrait nous pousser à essayer de comprendre l’Islam et les Musulmans.

Pendant des siècles L’islam et le Judaïsme ont eu des relations très proches et mutuellement bénéfiques : On peut penser aux sages Juifs dans l’Espagne musulmane, Maimonide et d’autres personnalités Juives étaient proche de la culture musulmane et écrivaient parfois en arabe. Il n’y a aucun élément dans ces deux religions qui empêche l’entente entre ces deux religions. (Ce qui n’est hélas pas vrai avec le christianisme qui ne peut pas tolérer les Juifs.)

Si nous souhaitons l’épanouissement  d’Israel dans une région qui va être  pour longtemps gouvernée par des parties islamistes démocratiquement élus, nous devrions les accueillir comme des frères, les féliciter de leur victoire et travailler pour la paix et la réconciliation avec les élus islamistes en Egypte et dans les autres pays Arabes, y compris les Palestiniens. Il faut absolument résister à la tentation de pousser les Américains à soutenir une nouvelle dictature militaire en Egypte., en Syrie ou ailleurs.

Choisissons le futur et non le passé.

A moins que finalement nous préférions faire nos valises et partir pour le Canada finalement.

 



[1] Corne de bélier qu’on fait sonner à desmoments religieux très précis (nouvel an) pour éveiller les consciences.

[2] Né à Rīga en 1903 et mort en 1994 est un chimiste, philosophe et écrivain israélien, considéré comme l'un des intellectuels les plus marquants de la société israélienne, et l'une de ses personnalités les plus controversées pour ses avis tranchés sur la morale, l’éthique, la politique, et la religion.

[3] Le droit de propriété dans les pays arabes est régi par deux systèmes : Il y a des propriétés privées, qui sont reconnues par l’etat d’Israël et inaliénables par les colons. Par contre les terres régies par le droit coutumier, peuvent être prises par les colons.

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