02/05/2011
Le vent du printemps arabe souffle sur la Palestine
Bonjour à toutes et à tous,
Tout va tellement vite en ce moment.......
Hier je vous avais promis ce texte, le voilà donc.
Uri Avneri nous fait ce cadeau extraordinaire de remettre les évènements dans une perspective historique.
Il nous rappelle que tout n'a pas commencé aujourd'hui, ni même hier, mais aussi avant-hier.
Les éléments d'histoire qu'il nous donne sont, je trouve, des atouts précieux pour comprendre ce qui se passe.
Il nous donne des moyens pour comprendre et utiliser des arguments rationnels plutot que de réagir à l'immédiateté de façon affective et irrationnelle.
voici le texte d'Uri Avneri :
Je ne dirais qu’un mot BRAVO
La nouvelle concernant l’accord survenu entre le Fatah et le le Hamas est une bonne nouvelle pour la paix.
Si les dernières difficultés disparaissent et qu’un accord est signé entre les deux leaders ce sera un pas fantastique pour les Palestiniens et pour nous.
Cela n‘a aucun sens de faire la paix avec la moitié d’un peuple.
Faire la paix avec la totalité du people Palestinien est peut être plus difficile mais sera infiniment plus fructueux .
Donc, je dis BRAVO!
Binyamin Netanyahu dit aussi Bravo.
Dans la mesure ou le gouvernement Israélien a déclaré que le Hamas était une organisation terroriste avec lequel il n’était pas question de négocier quoique ce soit Netanyahou peut dès aujourd’hui mettre fin aux négociations avec l’Autorité Palestinienne: Quoi ? une paix avec un gouvernement Palestinien qui comprend des terroristes ? JAMAIS, fin de la discussion.
Deux bravos donc, mais bien différents.
Le débat Israélien sur l’unité arabe remonte à loin.
Il a commencé au début des années 50 lorsque émergea l’idée du Pan Arabisme.
Gamal Abd-al-Nasser hissa en premier cette idée en Egypte et le mouvement pan Arabe Baath devint une force dans différents pays, (bien avant qu’il ne dégénère en mafia locale en Syrie et en Irak.)
Nahum Goldman, President de l’Organisation Sioniste mondiale défendit l’idée que l’unité Pan Arabe était bonne pour Israel. Il pensait que la paix était nécessaire pour l’existence d’Israel et qu’il faudrait réunir tous les pays arabes pour faire cette unité pan arabe.
David Ben-Gurion, Le premier ministre d’Israel, pensait que la paix était mauvaise pour Israel, au moins jusqu’à ce que le sionisme ait atteint son but ( qui reste toujours à définir). Dans l'état de guerre qui prévalait alors l’unité arabe était un danger qu’il fallait éviter à tout prix.
Goldman, le plus brilliant froussard que j’aie jamais rencontré n’avait pas le courage de ses convictions. Ben Gourion était beaucoup moins brillant, mais avait beaucoup plus de determination..
C’est lui qui a gagné.
AUjourd’hui nous avons à nouveau exactement le même problème.
Netanyahu et sa clique de saboteurs de paix veulent à tous prix empêcher l’unité des Palestiniens.
Ils ne veulent pas la paix car celle-ci empêcherait la réalisation du plan sioniste tel qu’ils le conçoivent: la constitution d’un Etat Juif sur toute la Palestine historique, de la mer jusqu’au Jourdain. Le conflit va donc durer longtemps, très longtemps, et plus l’ennemi sera divisé et mieux cela sera.
En fait l’émergence du Hamas est due à ce calcul. Les autorités d’occupation Israélienne ont délibérément encouragé le mouvement islamique, qui deviendra le Hamas, afin qu’il fasse contrepoids au mouvement laïc Nationaliste qu’était le Fatah. A l’époque ce dernier était l’ennemi principal..
Plus tard le gouvernement Israélien a délibérément encouragé la division entre la Cisjordanie et la bande de Gaza en violant les accords d’Oslo et en refusant la création de quatre “moyens d’accès sécurisés » entre les deux territoires, ainsi que cela avait été prévu par les accords. Aucun n’a été ouvert pas même pour une seule journée. La séparation géographique a entraîné une séparation politique.
Lorsqu’en Janvier 2006 le Hamas, à la surprise de tous, y compris à la sienne propre, gagna les élections, le gouvernement Israélien déclara immédiatement qu’il n’y aurait jamais aucun pourparler avec un gouvernement Palestinien où le Hamas serait représenté.. En même temps il ordonna – il n’y a pas d’autre mot-, aux Etats Unis et à l’Union Européenne de faire de même. C’est ainsi que le gouvernement Unifié de la Palestine fut liquidé.
L’étape suivante fut l’effort Israélo-Américain pour installer un homme fort qui leur convienne comme dictateur de la Bande Gaza, qui serait un rempart contre le Hamas. Le héros choisi fut Muhammed Dahlan, un chef de clan local. Ce n’était pas un très bon choix. Le chef de la Sécurité Israélienne a récemment révélé que celui ci s’était effondré en larmes dans ses bras. Après un court combat le Hamas pris le contrôle de la bande de Gaza
Une division fratricide à l’intérieur d’un mouvement de libération n’est pas rare, c’est même presque la règle. Le mouvement révolutionnaire Irlandais en est un exemple parfait. Ici même nous avons eu, entre la Hagana et l’Irgun, une guerre qui fut parfois très violente. Ce fut Menahem Begin, à l’époque commandant de l’Irgun qui évita une véritable guerre civile.
Le Peuple Palestinien avec tous les obstacles qu'il doit affronter ne peut pas faire face à un tel désastre.
La separation a fait naître une haine terrible entre des camarades qui pourtant ont passé des années ensemble dans les prisons israéliennes.
Le Hamas accuse – non sans raison- l’Autorité Palestinienne de coopérer, contre lui avec le gouvernement Israélien, en poussant les Israéliens et les Egyptiens à renforcer le blocus. Il accuse aussi l’AP d’empêcher la libération du prisonnier de guerre Gilad Shalit afin d’empêcher en retour la libération de militants du Hamas qui risqueraient de retourner en Cisjordanie. De nombreux militants du Hamas sont maltraités dans les prisons de Cisjordanie et le sort des militants du Fatah dans la bande Gaza ne vaut guerre mieux.
En fait le Fatah et le Hamas sont minoritaires en Palestine. La grande majorité du peuple Palestinien souhaite déseperément l’unité et que les deux partie s’unissent pour pour faire cesser l’occupation. Si un accord de réconciliaiion est signé par Mahmoud Abbas et Khalid Meshaal, tous les Palestiniens se réjouiraient.
BINYAMIN NETANYAHU se réjouit déjà. L’encre de l’accord préliminaire n'’était pas encore sèche lorsque Netanyahou fit un discourse solennel à la télévision, une sorte d’adresse à la Nation après un évènement historique. : « Vous devez choisir entre Nous et le Hamas “ a –t-il dit à l’Autorité Palestinienne. Le choix ne devrait pas être trop difficile : D’un côté un régime d’occupation brutal et de l’autre des frères Palestiniens avec une idéologie différente.
Mais cette menace stupide n’était pas le point le plus important de la déclaration. En fait Netanyahu nous a dit qu’il n’y aurait aucune négociation avec l’Autorité Palestinienne si celle ci avait quelque relation que ce soit avec les “terroristes du Hamas”.
Tout cela est un grand soulagement pour Netanyahou.. Il est invité, le mois prochain, par les Républicains à parler devant le congrès. Et il n’avait rien à dire. Il n’avait rien à offrir non plus à l’ONU qui est en passe de reconnaître l’Etat Palestinien en Septembre prochain.
Maintenant il sait quoi dire: La Paix est impossible, tous les Palestiniens sont des terroristes qui veulent nous jeter à la mer. Donc, pas de paix, pas de négociations, RIEN.
Quelqu'un qui voudrait rellement LA PAIX aurait un message totalement différent.
Le Hamas fait partie de la réalité Palestinienne. Nous sommes d’accord que c’est un parti extrémiste. Mais, ainsi que les Anglais nous l’ont enseigné à maintes reprises il vaut mieux faire la paix avec les extrémistes qu’avec les modérés. Si vous faites la paix avec les modérés, il vous faut ensuite faire la paix avec les extrémistes. Par contre si vous faite la paix avec les extrémistes, alors le travail est fini...
A l’heure actuelle le Hamas n’est pas aussi extrémiste que ce qu’il aime bien dire de lui-même. Il a maintes fois déclaré qu’il accepterait un accord de paix reconnaissant les frontières de 1967 signé par Mahmoud Abbas s’il était ensuite ratifié par un référendum ou un vote au Parlement.
Accepter l’Autorité Palestinienne signifie accepter les accords d’Oslo qui sont à l’origine de L’autorité Palestinienne, et cela comprend la reconnaissance réciproque d’Israel et de l’OLP.
Dans l’Islam, comme dans toutes les religions d’ailleurs, Le mot de Dieu est définitif, mais il peut être « interprété », selon les besoins. Nous, Juifs, ne savons-nous pas cela ?
Mais qu’est ce qui a assoupli les positions des deux instances ? Ils ont tous deux perdu leur protecteur.
Le Fatah a perdu son protecteur Egyptien Hosny Moubarak et le Hamas a perdu le sien en la personne de Bashar Al Assad sur le quel on ne peut plus compter. Cela a amené les Palestiniens à faire face à une nouvelle réalité. Les Palestiniens sont désormais seuls : ils ont donc intérêt à s’unir.
Pour les Israéliens qui souhaitent la paix, ce sera un grand soulagement d’avoir à négocier avec un peuple Palestinien unifié et un territoire lui aussi unifié.
Israël peut beaucoup aider à atteindre ces objectifs : Ouvrir enfin un passage « extraterritorial » entre la Cisjordanie et Gaza, mettre fin au blocus cruel et stupide laisser les Gazaouis ouvrir leur port, leur aéroport et leurs frontières.
Israel doit accepter maintenant que la religion fait partie de la scène politique arabe. En s’institutionnalisant les religieux deviendront probablement beaucoup plus modérés. Cela fait partie de la nouvelle réalité du monde arabe.
L’Emergence de l’unité Palestinienne devrait être saluée par Israel, et par les Etats Unis ainsi que par L’Union EUropéenne. Tous devraient s’apprêter à reconnaître l’Etat Palestinien dans les frontières de 1967. Ils devraient encourager la tenue d’élections libres et démocratiques et en accepter le résultat quel qu’il soit.
Le vent du printemps Arabe souffle aussi sur la Palestine : BRAVO!
écrit par Uri Avneri
12:37 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paix, palestine, netanyahu, uri avneri, printemps arabe |
|
del.icio.us |
Digg |
Facebook |


